Portraits papilles
2026 -
Ces portraits culinaires, je les imagine comme les vecteurs d’une parole tue, d’un récit en attente, qui habite ces personnes et traverse le temps.
Ici, c’est l’histoire d’un héritage colonial qui a longtemps été tabou dans ma famille. Quand mon grand-père est mort, la parole s’est libérée, le mot « Algérie » a pu être à nouveau prononcé, et ma grand-mère a raconté. Des attentats, des tirs, des enlèvements, de la peur et un départ. Ne pas juger, mais entendre, écouter et savoir ce qui se disait, comment et avec quelles attitudes. Comment était ma famille là-bas, comment ça s’est déroulé à leur arrivé au port de Marseille en 1962, … Ces paroles enfouies qu’ils ont gardées si longtemps au secret.
En lui demandant de me transmettre des recettes de là-bas, je voulais comprendre ses émotions, son passé, je voulais sentir et prendre le temps qui laisse son empreinte sur le corps, les yeux, la bouche et le goût. Un goût parfois amer, qu’il faut révéler pour ne pas oublier.
Alors, on a fait des makrouts et ils étaient bons.
« C’est Fatma qui se débrouillait en cuisine, mais on a toujours appris en même temps quand même, tu apprends quand on te fait quelque chose que tu ne sais pas faire. C’est comme le couscous … pratiquement on ne le faisait pas nous le couscous, c’est vrai, elles étaient là pour le faire, c’était beaucoup mieux … Oui, mais, quand tu assistais toujours, tu sais comment on fait »

